Des poètes et des couilles – en avoir ou pas…

En privé, le Poète de Matignon se vanterait d’avoir des couilles…

“Avoir des couilles”, en langage de mâle dominant, signifie, au mieux, le courage, au pire, la faculté de triompher d’autrui selon la loi du plus fort. Pour rester dans cette logique, le Poète de Matignon, bien sûr, n’a pas de couilles ; juste le ridicule de qui persuadé du contraire.

On peut feindre la surprise.

On nous avait pourtant bien prévenus.

Jourde&Nolleau

“Dominique de Villepin est né le 14 novembre 1953 à Rabat, au Maroc. Son enfance, telle qu’il en donne un aperçu dans Éloge des voleurs de feu, fut celle, banale, d’un jeune Français comme les autres. Le petit Dominique se promène les poches bourrées de poèmes griffonnés « sur de tout petits bouts de papier ». Parfois, au lieu de manger son quatre-heures, il convoque des mains élues ou des faces sacrées :

« Pareil à l’enfant primitif, au rendez-vous des puissances tutélaires et des forces augurales, autour du feu crépitant des rimes douces ou sèches, je convoquais les faces sacrées, les mains élues, les noms glanés sur les chemins buissonniers du premier âge, quand tout reste encore à inventer. Pour rien au monde l’enfant poème ne se fût séparé de son invisible et secrète armure, pas plus qu’il n’eût imaginé de plus beau goûter, de plus grand trésor. Il y avait l’espace infini, les lucarnes du ciel et de la mer. Il y avait l’absence et l’effroi et, pour les conjurer, tous ces mots de couleur.»

Pendant ce temps, la mère de l’enfant-poème, « penchée sur de hauts et volumineux grimoires », recopie des textes. L’essayiste n’en dit pas plus, mais on imagine volontiers la vie quotidienne de la paisible petite famille, la mère allant cueillir au crépuscule des simples et des racines de mandra­gore, le père domptant des cavales écumantes, la sœur errant sur la lande en psalmodiant d’anciennes mélopées, la bonne traduisant Swedenborg, etc.

L’enfant-poème poursuit ses rêves : licence de lettres, ENA. Il devient Secrétaire général de la présidence de la Républiqueen 1995, et, en 2002, ministre des Affaires étrangères sous la présidence du magicien Jacques Chirac […].

Pour l’incendiaire du Quai d’Orsay, la poésie a ceci d’ori­ginal qu’elle est différente. Et cette différence tient d’abord à son caractère « rebelle ». Autre originalité. L’idée revient sans cesse et sous divers vocables, subversion, insoumissio­n, sédition, révolte, sécession : « La révolte devient poésie », « Rage ! Rage du verbe qui s’élance… », « Le poème recueille les forces vivantes, braise indocile et lente ». Il y a pour la poésie une « règle d’insoumis­sion », qui ne va pas sans graves périls : « Cette parole naît du plus grand danger », elle fait naître « l’épouvante des gouffres » […]. Selon des sources bien informées, cette violence a provoqué des tensions au sein même du gouver­nement. L’affirmation de Villepin selon laquelle la poésie des voleurs de feu est « inséparable de toute révolution » a suscité l’émoi de plusieurs ministres. Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a d’ailleurs publiquement promis l’ « impunité zéro » pour les voleurs de feu, et l’ar­restation de la plupart d’entre eux. Le ministre des Affaires étrangères a dû expliquer que la rébellion dont il parle est purement verbale. Il ne s’agit que d’emporter « tous les hommes dans une danse tourbillonnante », de « faire rouler la clé des chants ». Le gouvernement de M. Raffarin a été rassuré par ces précisions […].”

Le Jourde&Naulleau – Précis de littérature du XXIe siècle,

Pierre Jourde – Éric Naulleau, Mots et Cie, 2004

Ceci rappelé, reste cette question qui nous laisse – nous, poètes –, à la suite de Dominique de Villepin, tout sens dessous dessus :

“En avoir ou pas ?”

À l’instar d’Hemingway, Cendrars en avait ; bien que, un bras perdu, il passa pas mal de temps à se les gratter, de la main restante, en cabine transatlantique trois étoiles ou wagon Pullman de luxe.

Et puis, serions le plan, force est de le constater : Frédérick Houdaer en a. Parce qu’il en faut, au poète, pour ÇA !

Mais cela ne nous dit pas si Frédérick est disponible pour Matignon.

C’était notre rubrique Des poètes et des couilles – en avoir ou pas…, merci de votre attention, à mardi dans la rue, bonsoir.

A propos Renaud Marhic

Journaliste indépendant, Renaud MARHIC a collaboré à des publications choisies (Charlie Hebdo, Le Vrai Papier Journal, etc.). Essayiste, romancier, auteur jeunesse, il a publié une vingtaine d’ouvrages chez divers éditeurs. Grand amateur de récits folkloriques et légendaires – pour ce qu’ils révèlent de l’humain –, Renaud MARHIC vit en Bretagne. Devenu le “Petit Reporter de l’Imaginaire”, sa série Les Lutins Urbains met à l’honneur un “merveilleux merveilleusement incorrect”, invitant le jeune lecteur à une réflexion sur quelques thèmes universels, sans moralisme, en tout humanisme.
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