Pourquoi l’écrivain que je suis soutient le politique qu’est Jean-Luc Mélenchon

Outre les raisons indiquées par ailleurs, je soutiens Jean-Luc Mélenchon, parce qu’il est le candidat qui a lu les livres…

Aussi parce qu’il est le candidat qui croit à l’émancipation par la culture.

Encore parce qu’il est le candidat de l’éducation populaire.

Enfin parce qu’il est le candidat qui réhabilite l’acte de lire.

Le 7 février 2012, à Villeurbanne, Mélenchon concluait son meeting par la lecture de cet extrait page des Misérables, de Victor Hugo :

“En 93, selon que l’idée qui flottait était bonne ou mauvaise, selon que c’était le jour du fanatisme ou de l’enthousiasme, il partait du faubourg Saint-Antoine tantôt des légions sauvages, tantôt des bandes héroïques.

Sauvages. Expliquons-nous sur ce mot. Ces hommes hérissés qui, dans les jours génésiaques du chaos révolutionnaire, déguenillés, hurlants, farouches, le casse-tête levé, la pique haute, se ruaient sur le vieux Paris bouleversé, que voulaient-ils ? Ils voulaient la fin des oppressions, la fin des tyrannies, la fin du glaive, le travail pour l’homme, l’instruction pour l’enfant, la douceur sociale pour la femme, la liberté, l’égalité, la fraternité, le pain pour tous, l’idée pour tous, l’édénisation du monde, le progrès ; et cette chose sainte, bonne et douce, le progrès, poussés à bout, hors d’eux-mêmes, ils la réclamaient terribles, demi-nus, la massue au poing, le rugissement à la bouche. C’étaient les sauvages, oui ; mais les sauvages de la civilisation.

Ils proclamaient avec furie le droit ; ils voulaient, fût-ce par le tremblement et l’épouvante, forcer le genre humain au paradis. Ils semblaient des barbares et ils étaient des sauveurs. Ils réclamaient la lumière avec le masque de la nuit.

En regard de ces hommes, farouches, nous en convenons, et effrayants, mais farouches et effrayants pour le bien, il y a d’autres hommes, souriants, brodés, dorés, enrubannés, constellés, en bas de soie, en plumes blanches, en gants jaunes, en souliers vernis, qui, accoudés à une table de velours au coin d’une cheminée de marbre, insistent doucement pour le maintien et la conservation du passé, du Moyen-Âge, du droit divin, du fanatisme, de l’ignorance, de l’esclavage, de la peine de mort, de la guerre, glorifiant à demi-voix et avec politesse le sabre, le bûcher et l’échafaud. Quant à nous, si nous étions forcés à l’option entre les barbares de la civilisation et les civilisés de la barbarie, nous choisirions les barbares.”

Un instant, devant le streaming internet, j’ai voulu croire, oui, que – insurrection qui vient ou révolution citoyenne – celle-là pouvait encore passer par le livre…

La Liberté guidant le peupleLa Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830

Publié dans De la main gauche | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Où l’auteur de ce blog se découvre un frère en eschatologie littéraire

6 février : le romancier américain Gary Shteyngart est sur France Culture dans Pas la peine de crier peine de crier, l’une de ces émissions où le mot “psychanalyse” revient si souvent dans la bouche de l’animatrice que l’on finit par croire qu’elle a fait un pari avec sa sœur…

Shteyngart, l’auteur de Super triste histoire d’amour (L’Olivier, 2012), raconte son Amérique de la contre-culture numérique de masse où, déjà, “les livres puent”.

L’animatrice doute. Ouvertement. Évoque du bout des lèvres un éventuel “post littéraire”. Son invité y croit-il vraiment ?

Shteyngart réplique :

“Les gens sont effrayés par les livres. Il y avait un journaliste du Spiegel qui était venu faire une interview. Et il est allé dans un bar très à la mode, down town…. Il a pris un livre, il a commencé à le lire, et les gens l’ont regardé comme s’il était une bête curieuse ! Le serveur est venu le voir et lui a dit : ‘Pas ici, s’il vous plaît…’” 

Silence. (L’animatrice, sûrement, songe à la psychanalyse…)

Eschatologie litteraire : Fahrenheit 451Fahrenheit 451, François Truffaut, d’après le roman de Ray Bradbury, Anglo Enterprises, 1966

Publié dans Eschatologie littéraire | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Tournicoti ! Tournicotons !… de Rameau

[Ou comment l’idée de l’“eschatologie littéraire” vint à l’auteur de ce blog]

C’est moi Pollux,

Qui reviens vous faire tournicoter, oh ! oh ! oh ! oh !

“C’est parti pour un tour, sur mon manège enchanté, oh ! oh ! oh ! oh !

C’est moi Pollux, Luc Aulivier / Carlos Leresche, 1983

Chercher à la librairie Dialogues le livret de Castor et Pollux, “tragédie en cinq actes et en vers”, musique de Rameau.

S’entendre aiguiller par une libraire (je répète : “par une libraire”) vers le rayon bande dessinée…

Sourire.

Si, si, je vous assure, Castor et Pollux, c’est à la BD…

En parler plus tard, dans cette même librairie, à un homme de lettres.

Cette fois, la chaîne des connaissances a vraiment cédé…” dit-il.

C’est exactement ça.

Eschatologie littéraire : Le Manège enchantéLe Manège enchanté, Serge Danot, ORTF, 1964

Publié dans Eschatologie littéraire | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Choisir un livre… disent-ils !

Et puis il y a la critique…

Longtemps, en France, elle fut affaire, si ce n’est de bons bourgeois, en tout cas de bien nourris, par ailleurs écrivains, extravaguant sur leurs collègues au grès de leurs intérêts du moment. De leurs intérêts… ou de leurs agios. Car on ne le rappelle pas assez, le critique authentique est payé pour sa besogne – laquelle constitue, souvent, une part non négligeable de ses activités rémunérées.

Mais en ces temps d’eschatologie littéraire, la critique n’est plus l’apanage d’émargeants attitrés. Pinpins et pingouins en goûtent plus qu’à leur tour les délices…

J’avais découvert l’étrange association “Choisir un livre” alors que, sur son site, on se refusait à reproduire les couvertures des ouvrages jeunesse jugées trop violentes. (Je répète : “les couvertures des ouvrages jeunesse jugées trop violentes”…)

Je devais recroiser ladite étrange association à l’occasion de la première édition de l’un de mes romans. Mais en l’absence de dénie de paternité, ne pas reconnaître son enfant est à tout le moins… gênant. Que l’on comprenne alors mon embarras devant l’incipit de la critique de Terminus Brocéliande par “Choisir un livre” :

“Le corps de Christophe est retrouvé inanimé en forêt de Brocéliande, ses vêtements sont lacérés et couverts de sang.”

Las ! Qui a lu le roman le sait : Christophe R., le disparu, ne sera – justement ! – jamais retrouvé… Foin de “corps inanimé”, donc. Et trêve de “sang” ! (Le terme – pour une farce – n’apparaissant nulle part dans le récit.) L’intrigue tout entière basée sur l’hypothèse d’une disparition volontaire du personnage, on peine à conceptualiser la confusion ici opérée. Sauf à vouloir “servir” – à toute force – la conclusion :

“Un roman bien noir et lugubre.”

Un peu comme on se désolerait de cette histoire malsaine où une dénommée Bovary finit alcoolique et malade d’une cirrhose…

Bien sûr, ce qui précède ne serait qu’enfantillages si l’eschatologie littéraire ne permettait désormais au premier pinpin-critique – à moins qu’il ne s’agisse de critique-le-pingouin – de connaître une audience sans commune mesure avec ses petits écrits… Ainsi, par la grâce du copier-coller, voilà la triste tambouille de “Choisir un livre” chargée de “Description du produit” Terminus Brocéliande sur Amazon.com… Le mauvais brouet s’infiltrant même – un temps – sur la base de données Electre ! Grand public et professionnels pareillement induits en erreur. Tout est dit.

L’étrange association, trois ans après avoir été alertée, n’ayant daigné répondre ou rectifier, ce blog est fier de lui décerner, pour son déficit notoire d’“esprit critique”, un zéro pointé bien mérité !

Eschatologie littéraire : Choisir un livre

Publié dans Eschatologie littéraire | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Marie-Antoinette éditions

“Éditeur : personne (homme de lettres, érudit) qui travaille à la parution d’un texte.”

Le Petit Robert

Que l’on voit un jour les bouchers devenir végétariens, on se dira sans doute que l’alimentation carnée a vécu. De même, les chirurgiens aux mains sales sonneraient à coup sûr le glas de la médecine opératoire.

Au monde de l’édition, qui se soucie du mal ?

Certes, ils ont toujours existé, les marchands de papiers salopant le beau nom d’“éditeur”. Ceux-là aussi, sans doute, n’avaient que faire de la chose littéraire. Que tinte le tiroir-caisse ! E la nave va

Mais l’“édition Marie-Antoinette” est affaire d’autre chose… Comme l’Autrichienne jouait à la bergère, il est quelques faiseurs qui, désormais, jouent à l’éditeur.

Magie du numérique ! Joies du prêt-à-imprimer ! En ces temps d’eschatologie littéraire, ceux-là n’ont pas eu de mal à se bricoler une reconnaissance sociale à pas cher. Qui est un jour entré chez eux, pourtant, le sait : pas plus qu’on ne croisait de moutons dans les appartements de Versailles, il n’y a chez l’“éditeur Marie-Antoinette” de livres…

Dites-leur “romain”, ils pensent à Astérix

Évoquez une “casse”, une “graisse”, les voilà qui vous parlent carburation et soupapes, régime Dukan et oligo-éléments…

Malheur ! alors, à l’auteur qui s’égare en leur triste boutique égotiste.

Le roi est nu, oui, et en plus, il a un gros cul…

À l’“édition Marie-Antoinette”, ce blog se devait de rendre hommage !

Eschatologie littéraire : Marie-Antoinette éditions

Publié dans Eschatologie littéraire | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Eschatologie littéraire

Enfants, nous inventions des monstres. Abreuvés de comic-strips, nous aimions à les barder d’écailles, de cornes, et de fumerolles. Tout à nos manipulations démiurgiques, nous n’avons pas vu venir des mutants d’une autre trempe. Alors ils sont arrivés, les ARTISTES SANS ARTS, zélateurs terrible de la LITTÉRATURE SANS ESTOMAC… Puisque voici venu les temps de SODOME ET GRAMMAIRE, n’ayons plus peur de nommer ce qui doit l’être. Osons. Oui, osons l’ESCHATOLOGIE LITTÉRAIRE…

Eschatologie littéraire : la rondes des ânesAnonyme XVIIIe, BNF

Publié dans Eschatologie littéraire | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Minus Exodus [mes Lutins, le retour]

Minus ExodusGroumfLe 21 juillet dernier (avec l’aide du Monstre du Lac Champlain et d’un bon petit diable, mais c’est une autre histoire…) mes Lutins ont recouvré la liberté. L’opération “Minus exodus” s’est parfaitement déroulée.

L’éditeur mauvais payeur (cf. 27 AOÛT 2008) dans l’incapacité d’acquitter ses créances, les livres de son ex-catalogue sont devenus propriétés de leurs auteurs.

Ainsi me reviennent mes Lutins en milieu urbain, mes Lutins à la mode de Bretagne, et mon Petit Bêtisier Féerique.

Pour qui ne l’aurait pas compris, ils rigolent, mes Lutins, oui, ils rigolent bien…

 

Publié dans Déblogage | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Manifester (2)

Manifester – seul – parmi 350 000.

Chercher en vain l’autocollant qui dit tout.

(Se le voir offrir, plus tard, au Salon du Livre du Mans.)

Publié dans De la main gauche | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Manifester

Manifester – seul – parmi 15 000.

Avoir froid – marcher vite pour se réchauffer.

Se retrouver en tête de cortège, sous les banderoles CFDT.

Voir jaune au milieu de l’orange.

S’éclipser.

CFDT

Publié dans De la main gauche | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Écrivain du charbon (2)

Lourdes, manifestation littéraire… je repère l’un de mes éditeurs au bar d’un grand hôtel… à son invite, je vais pour m’asseoir ; les doctes écrivains qui lui faisaient tablée s’envolent alors comme moineaux… cinq jours plus tard, le temps enfin venu de prendre la parole, sonne un téléphone : “Ici la bagagerie, les chambres doivent être libérées avant midi…” la moitié de mon maigre auditoire s’envole comme moineaux… (Épouvantable épouvantail !… ne comprends-tu donc pas ?)

À Bordeaux, l’hôtel est un claque… je menace de remonter dans le train ; on me reloge… le soir, au premier rang de plus maigre auditoire encore, l’un des organisateurs jacasse avec son voisin ; je ne parle pas depuis trente minutes qu’il ronfle la tête dans les mains… il se réveille au débat pour souligner la vacuité de ce qu’il n’a daigné écouter… à la sortie, il entreprend – même refrain ! – celui qui m’édita sur ce coup-là… dans le taxi conduisant au Kyriade, il me fait part – “on a dû vous le dire souvent…” – de la nullité crasse que lui inspire le titre de l’ouvrage que je viens de présenter… au premier arrêt, il descend sans saluer… (L’épouvantail se marre : gras bourgeois bordelais confit de suffisance… tout en toi ne bat que breloque !)

Au p’tit salon perdu (non je ne me souviens plus…), accoudé au zinc de la salle polyvalente, un écrivain des Amériques m’aborde avec la simplicité coutumière “de l’autre côté de la flaque d’eau”… il m’offre le café que je viens de commander, indûment servi, à lui, l’invité VIP… dans la minute qui suit, avec le cynisme coutumier à ce pays qui, “des États-Unis à tous les défauts mais pas le courage d’en prendre le drapeau” [Jean Dead Wolf Leclerc], il place les expressions “adaptation cinématographique”, “Paris-New-York” et “millions de dollars”… (Je m’envole comme moineau…)

Au Marché de Noël, les enfants qui passent veulent savoir comment il se peut que la “Dame Blanche” fût en noir… on tache les livres avec du café, du vin chaud… à l’évocation de la maison d’édition, de la collection, certains s’éloignent en ricanant, persuadés d’avoir affaire à quelque camelot “faisant” un lot… Terminus Brocéliande est “nul” ou “excellent”, c’est selon… on vend des livres à qui jamais n’en lit… on veut encore y croire…

Ma vie d’“écrivain du charbon” (cf. 20 JANVIER 2008)…Écrivain du charbon

Publié dans Écrivain du charbon | Marqué avec | Laisser un commentaire